# Les obligations des marchés émergents affichent désormais moins de volatilité et plus de rendement que les marchés développés

> Newsletter sur les devises et les taux des marchés émergents pour la semaine du 19 juin 2026. Le scénario haussier le plus solide depuis des années sur les marchés émergents (volatilité plus faible, portage plus élevé que sur les marchés développés) s'est heurté à la dépréciation contrôlée de la roupie indienne et à un sceptique structurel de la dé-dollarisation.

## Devises émergentes, Asie, Amérique latine & EMEA

### Semaine du 19 juin 2026 : les obligations des marchés émergents affichent désormais moins de volatilité et plus de rendement que les marchés développés

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Reposez votre café pour celle-ci : la volatilité des obligations et des devises des marchés émergents est désormais *inférieure* à celle des marchés développés, et le portage est *supérieur*. Ce n'est ni une coquille ni un accident d'une année, c'est l'histoire structurelle discrète qui a enfin été formulée à voix haute cette semaine. Le piège, comme toujours, réside dans *quels* marchés émergents on parle. La même semaine où le scénario haussier le plus limpide depuis des années a été présenté, le sceptique le plus célèbre de la classe d'actifs et son membre le plus fragile se sont tous deux manifestés pour rappeler que ce trade n'a rien d'un déjeuner gratuit.

## En bref

- Le scénario haussier a trouvé sa formulation la plus rigoureuse à ce jour : les marchés émergents affichent désormais une *volatilité plus faible et un rendement plus élevé* que les marchés développés, avec une véritable demande des banques centrales sous-jacente aux obligations locales asiatiques. (gérant : Eric Fine, VanEck)
- L'Inde constitue le contrepoids qui invite à la prudence, la roupie franchit 95, les investissements directs étrangers sont proches de zéro, le choc pétrolier se fait sentir. Il s'agit d'une dépréciation gérée, délibérée mais nerveuse, et non d'une crise à la 1991. (initié politique : Sajjid Chinoy, JPM / conseil économique du Premier ministre)
- Le volet dé-dollarisation de la thèse haussière trouve un sceptique crédible : le renminbi ne peut devenir une monnaie de réserve tant que Pékin refuse catégoriquement de prendre les mesures nécessaires. (commentateur : Michael Pettis, Carnegie)

## Ce qui est nouveau

**1. Le retournement de la volatilité est l'élément central.** Dans [Talk Your Book: The Case for Investing in Emerging Market Bonds](https://app.matterfact.com/podcasts/7f2566bb60c9d1cd319d147c8517009b7fbaca4f18f378a255d3eb11575d1368) (Animal Spirits, 15 juin), **Eric Fine** de VanEck, qui gère réellement le portefeuille obligataire émergent, a soutenu que la volatilité des obligations émergentes se situe désormais *sous* celle des obligations développées, tandis que le portage est plus élevé : « si votre volatilité est plus faible et votre portage plus élevé... c'est à peu près la finance de base. » Il recadre ainsi les marchés émergents, qui ne sont plus une poche satellite mais ce qu'il appelle « le bon 40 » d'un portefeuille 60/40, face à un « 40 » de marchés développés rempli d'États surendettés.

**2. Les obligations asiatiques deviennent discrètement des actifs de réserve.** Selon Fine, les banques centrales accumulent des obligations souveraines chinoises, du ringgit malaisien, du dollar de Singapour et du won coréen à des fins de diversification, « elles n'enverront pas de note mondiale à ce sujet. » Concernant le yuan en particulier, il a qualifié sa volatilité de « comme regarder la peinture sécher, mais dans le bon sens... elle devient de plus en plus stable. » Un acheteur structurel insensible au prix change la donne du calcul du portage sur les devises asiatiques.

**3. Le scénario haussier ne touche pas à l'Inde.** Fait notable, Fine *exclut* l'Inde : « en tant que marché obligataire, en tant que marché de change, il n'est pas prêt pour les grands rôles », pas de flottement libre, des taux réels qui ne sont pas maintenus assez élevés. Il a également identifié l'Indonésie, les Philippines et la Thaïlande comme des zones problématiques en raison du coût élevé de l'énergie. Quand même le camp haussier des marchés émergents refuse de détenir votre devise, cela en dit long.

**4. L'histoire de la roupie, vue de l'intérieur.** Dans [Sajjid Chinoy on Whether India Faces Another 1991 Moment](https://app.matterfact.com/podcasts/c5b8ff2dd44f207696e3c122136893afb6433431e01facbe272c0ec55025c548) (Ideas of India, 18 juin), **Sajjid Chinoy**, économiste en chef pour l'Inde chez JPM et membre du conseil économique du Premier ministre, a plaidé en faveur d'une roupie plus faible, désormais au-delà de 95. Il se dit « heureux » que l'Inde ait laissé le taux de change effectif réel chuter de « près de 14 ou 15 % » au cours des quelque 18 derniers mois, et en souhaite davantage, mais de façon graduelle : « pensez à la roupie comme à votre ceinture de sécurité. Quand vous freinez brusquement, quelque chose doit absorber le choc. »

**5. Le réveil de la réalité pour le renminbi.** Dans [GM102: China Built a Trap. Germany Set It. America Fell In. Europe Is Next ft. Michael Pettis](https://app.matterfact.com/podcasts/d956bebac4153e5286c8596d9d9eca3f178db9f29302ea9a8ea1e43a7c1f3964) (Top Traders Unplugged, 17 juin), **Michael Pettis**, de Carnegie, a démoli le récit de la dé-dollarisation : « s'ils voulaient vraiment que le renminbi devienne une monnaie dominante, ils soutiendraient un renminbi beaucoup plus fort. Ils supprimeraient tous les contrôles de capitaux... Et ils refusent de faire quoi que ce soit de tout cela. » Son signal d'alarme : la dette chinoise s'élève « officiellement à environ 315 % » du PIB et « augmente... de 12 points de pourcentage en une seule année. »

## Le débat

Le camp haussier a monopolisé la parole cette semaine. Le camp baissier ne s'est pas manifesté sous la forme d'un appel « le portage est sur le point d'exploser », mais sous celle d'un sceptique structurel et d'une étude de cas sur le maillon faible.

**Haussier (Fine).** Un dollar plus faible, des taux locaux *réels* élevés, un historique de plus de dix ans, et une demande de réserve sous-jacente. Sur l'objection évidente de la saturation du trade, il a anticipé la critique, cette stratégie fonctionne depuis plus de dix ans, pas seulement en 2026, et les banques centrales des marchés émergents sont devenues *plus* restrictives pendant la vague de vente mondiale des taux, si bien que leurs devises ne se sont pas affaiblies. Ces taux plus élevés, dit-il, sont « un cadeau des États-Unis » qui a « créé... un très bon point d'entrée. »

> « La volatilité des obligations des marchés émergents est désormais inférieure à celle des obligations des marchés développés... et de plus, le portage est plus élevé. » (Eric Fine, VanEck)

**Baissier / sceptique.** Personne, parmi les émissions que nous suivons, n'a formulé cette semaine l'argument limpide « les rendements se compriment, le panier est saturé, un seul choc de risque nettoie tout », donc je ne vais pas l'inventer de toutes pièces. Ce qui a effectivement été exprimé attaque la thèse sous deux angles différents. Pettis estime que le volet dé-dollarisation est surconstruit, le récit du renminbi comme monnaie de réserve suppose une politique que Pékin ne mettra pas en œuvre, le dollar reste dominant (« c'est le dilemme de Triffin... on peut anticiper un problème qui dure pourtant bien plus longtemps que prévu »), et l'endettement chinois qui s'accélère constitue un choc latent pour l'ensemble du trade ancré sur l'Asie. Et l'Inde de Chinoy est la démonstration vivante que ce panier comporte des maillons faibles, une tension pilotée par le compte de capital, un choc sur les termes de l'échange lié au pétrole, et les débuts d'une cascade de couvertures, alors que, selon lui, « les importateurs, les entreprises, les étrangers ont commencé à se couvrir... le stock d'IDE, le stock d'emprunts extérieurs (ECB), le stock d'investissements de portefeuille étrangers (FPI) », ce qui s'auto-alimente.

En toute équité : l'histoire du peso/ACEUM, la ligne rouge sur le won, le rand, la livre turque et les pays du CE3 n'ont tout simplement pas été abordés dans les podcasts cette semaine.

## Les trades du moment

- **Détenir du portage là où le taux réel est vraiment réel.** Le portefeuille de Fine se concentre sur les obligations émergentes en dollars (à spread, de type investment grade/high yield) ainsi que sur les obligations locales à haut rendement réel. Sa référence phare : « un Brésil à bêta élevé, 14 % de rendement, pour seulement quatre virgule cinq pour cent d'inflation. »
- **La scission liée au choc pétrolier est l'expression même de cette thèse.** Le choc en Asie occidentale représente une *période faste* pour les exportateurs émergents de matières premières, Fine a qualifié la Colombie de « l'un des marchés en devise locale les plus performants » et privilégie l'ensemble de la zone latino-américaine (ainsi que les situations vénézuélienne, équatorienne et bolivienne, soutenues par les États-Unis). Le revers de la médaille est le volet financement/à éviter, les devises indiennes, que Fine refuse de détenir et que Chinoy souhaite voir baisser davantage. Sur ce segment, la roupie est un actif où l'on est *rémunéré pour être vendeur*, pas acheteur.
- **Ne pariez pas sur un effondrement du dollar.** Pettis constitue la couverture face au scénario haussier, la rotation des réserves est lente et partielle, pas une rupture de régime.
- **Prochain point de données clé :** le pétrole. C'est le facteur pivot qui déterminera quelle moitié des marchés émergents l'emportera.

## Répercussions

- **EMB / dette locale (EMLC) :** la thèse centrale de Fine est que la dette émergente surperforme les bons du Trésor et l'indice Agg depuis dix ans, le trade repose sur le portage et la compression de spread, pas sur la duration.
- **EWZ (Brésil) :** le pari combinant portage et matières premières le plus consensuel du moment, environ 14 % de rendement contre environ 4,5 % d'inflation, avec un vent favorable lié au pétrole.
- **INDA face à la roupie :** Fine apprécie l'Inde en tant que marché *actions*, mais pas sa devise ; Chinoy explique cet écart, l'absence d'investissement privé entraîne des bénéfices faibles, qui entraînent des sorties de capitaux de portefeuille. L'écart de taux entre l'Inde et la Fed s'est resserré à « 150, 175 points de base » contre « 300, 400 » auparavant, et les IDE sont tombés proches de zéro. L'histoire de traction des actions a besoin d'un catalyseur de réformes ; Chinoy décrit ce moment comme un « moment 1991 » pour les réformes, et non comme une crise à la 1991.
- **Cuivre / Brent :** le choc pétrolier scinde les marchés émergents en deux, l'Amérique latine et les exportateurs d'Afrique subsaharienne en profitent, les importateurs asiatiques (Inde) en paient le prix.
- **Régime du dollar au sens large :** dollar plus faible associé à une rotation des réserves (Fine) contre persistance de la domination du dollar (Pettis). Voilà le débat de régime résumé en deux phrases.

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