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Marchés primaires records, le grand ajustement de SpaceX et la riposte de CME

Un volume de fusions-acquisitions record et les deux plus grandes levées de fonds primaires jamais réalisées se sont télescopés avec l'effondrement du titre SpaceX après son entrée en Bourse et la plainte de CME contre la CFTC au sujet de Kalshi. Notre synthèse de la semaine du 23 au 30 juin 2026.

Marchés de capitaux : introductions en Bourse, fusions-acquisitions et places boursières

Semaine du 23 au 30 juin 2026 : marchés primaires records, le grand ajustement de SpaceX et la riposte de CME


Les marchés ont raconté deux histoires à la fois cette semaine. Sur le papier, le marché primaire n'a jamais été aussi vigoureux depuis une génération : Goldman a conseillé plus d'opérations de fusions-acquisitions, plus vite, qu'aucune autre banque dans l'histoire, et le mois de juin a vu naître les deux plus grandes levées de capitaux primaires jamais enregistrées. Pourtant, l'opération vedette de ce cycle, SpaceX, a connu, dès ses deux premières semaines de cotation, la deuxième plus forte perte de capitalisation boursière en une seule journée jamais enregistrée. L'écart entre les fondamentaux de la mécanique (volumes records, pools de commissions généreux, banques qui relèvent leurs dividendes) et l'action des prix (une introduction en Bourse vedette qui perd un tiers de sa valeur, un émetteur valorisé mille milliards qui vacille) est le trade à surveiller pour aborder juillet.

La fenêtre des introductions en Bourse est grande ouverte, et elle met déjà les investisseurs à l'épreuve

Du côté de l'offre, la situation n'a rarement été aussi favorable. Sur The Markets (26 juin), John Flood, de Goldman, a qualifié juin de mois historique : deux introductions en Bourse très médiatisées totalisant environ 140 milliards de dollars en montant notionnel, présentées comme la première et la deuxième plus grandes levées de capitaux primaires de l'histoire des États-Unis, réalisées en l'espace de deux semaines. Le vice-président du Nasdaq, sur Brew Markets (29 juin), est allé plus loin encore, qualifiant 2026 de candidate sérieuse au titre d'« année de levées de capitaux la plus importante de l'histoire », avec Anthropic, Databricks, Canva, Fannie Mae et Freddie Mac tous dans le pipeline.

C'est du côté de la demande que les choses deviennent intéressantes. SpaceX a été introduit à 135 dollars le 12 juin, a grimpé jusqu'à 225 dollars (soit une capitalisation boursière d'environ 2 300 milliards de dollars), avant de se retourner brutalement, effaçant environ 400 milliards de dollars en une seule séance, la deuxième plus forte perte en une journée de l'histoire selon Prof G Markets (24 juin), avant de se stabiliser autour de 150 dollars en fin de semaine. L'élément déclencheur, selon Market Maker (26 juin) : une émission obligataire de 25 milliards de dollars, relevée depuis 20 milliards de dollars à la faveur d'une sursouscription de 3 à 4 fois, notée Baa1 avec un spread de 110 à 175 points de base au-dessus des bons du Trésor (plus large que la moyenne d'environ 93 points de base pour cette notation). Le signal structurel à surveiller pour les gérants de portefeuille est le flottant, d'à peine environ 4% : sur ETF Edge (29 juin), les intervenants ont souligné que l'entrée de SpaceX dans l'indice Russell 1000 se fait avec une pondération d'environ 12 points de base (et environ 22 points de base dans le Russell 1000 Growth), ce qui force des achats passifs mécaniques sur une valeur au flottant quasi inexistant. Ce même segment a cité des données de JPMorgan qu'il vaut la peine de retenir : les introductions en Bourse très médiatisées enregistrent en moyenne un bond de 19% le premier jour, mais sous-performent le marché d'environ 20% cumulés sur trois ans, et seulement 13 des 30 introductions vedettes récentes ont affiché un rendement positif sur leur première année.

L'actualité la plus lourde de conséquences en matière d'introductions en Bourse est peut-être celle qui n'a pas lieu. Plusieurs émissions, dont Bloomberg Tech (26 juin) et The Morning Market Briefing (26 juin), rapportent qu'OpenAI envisagerait de reporter à 2027 son objectif d'environ 1 000 milliards de dollars de valorisation, les banquiers invoquant l'engorgement causé par Anthropic, Databricks, et « 1 900 milliards de dollars d'actions SpaceX qui vont inonder le marché au cours des six prochains mois ». En creux : un report amputerait le futur pool de commissions de Goldman et de Morgan Stanley et céderait de facto à Anthropic le statut de référence en matière de valorisation dans l'IA.

Plus bas dans la gamme, la fenêtre est mise à l'épreuve par du papier de moindre qualité. Sur Run the Numbers (25 juin), le formulaire S-1 de Lime (une levée de 200 millions de dollars pour une valorisation de 1,8 milliard de dollars, Nasdaq : LIME) affiche un chiffre d'affaires de 887 millions de dollars sur l'exercice 2025 (+29%) et un flux de trésorerie disponible de 104 millions de dollars, mais aussi une réserve sur la continuité d'exploitation et un mur de dette arrivant à échéance en septembre : une introduction en Bourse qui ressemble moins à une entrée triomphale qu'à un refinancement.

Fusions-acquisitions : des records au sommet, la pharma fait le gros du travail

Les classements des banques conseils donnent le vertige. Market Maker (29 juin) indique que Goldman a conseillé pour 1 150 milliards de dollars d'opérations de fusions-acquisitions d'ici mi-juin, la vitesse la plus rapide jamais atteinte par une banque pour franchir ce seuil, soit une croissance d'environ 45 à 50% en glissement annuel, reprenant ainsi la première place à JPMorgan (720 milliards de dollars). Parmi les moteurs cités : la consolidation portée par l'IA, un positionnement défensif, et une vigueur des marchés actions qui permet de financer les opérations par échange de titres. Les transactions concrètes de la semaine incluent le rachat de Cursor par SpaceX pour 60 milliards de dollars (avec une indemnité de résiliation de 4 milliards de dollars) et le rachat de Roku par Fox pour 22 milliards de dollars à 160 dollars par action, selon Market Maker (22 juin), ainsi que la fusion alimentaire déjà annoncée entre Unilever et McCormick, pour 65 milliards de dollars, structurée en reverse Morris Trust visant une clôture mi-2027 et environ 600 millions de dollars de synergies, disséquée sur The M&A Podcast (25 juin).

La santé est la salle des machines de ce mouvement. Les co-responsables du pôle santé de la banque d'affaires JPMorgan, sur Making Sense (26 juin), décrivent un indice XBI à un plus haut de cinq ans, sur un volume double de celui de l'an dernier, avec le rapprochement Sun Pharma-Organon comme la plus grande opération transfrontalière de l'année, et un pipeline d'acheteurs de grande capitalisation, poussés par l'échéance de brevets, à la recherche de biotechs bon marché. BioCentury (23 juin) a ajouté le rachat d'Apogee par AbbVie pour 10,9 milliards de dollars. La question antitrust a été notablement absente des commentaires, l'hypothèse de travail étant celle d'une résistance réglementaire limitée dans le contexte actuel.

Places boursières : CME se bat pour défendre son fonds de commerce

L'événement structurel de la semaine se joue du côté des places boursières. CME a assigné la CFTC en justice le 18 juin, contestant l'approbation par le régulateur, le 29 mai, des contrats à terme perpétuels sur bitcoin de Kalshi, en faisant valoir que ces contrats perpétuels sont en réalité des swaps et non des contrats à terme, et que la CFTC a contourné une procédure réglementaire en bonne et due forme, sujet couvert par Grain Markets and Other Stuff (22 juin) et Unchained (27 juin). La CFTC a qualifié cette plainte de « guérilla judiciaire » (lawfare) visant à protéger un monopole sur les produits dérivés. Ce qui est en jeu : les contrats perpétuels de Kalshi ont déjà généré plus de 5 milliards de dollars de volume, l'action CME a chuté d'environ 9% depuis l'approbation, et le PDG Terry Duffy s'apprête à quitter ses fonctions. Il s'agit là autant d'une manœuvre de désespoir concurrentiel que d'un principe juridique.

Les fondamentaux propres de CME restent excellents : un chiffre d'affaires record d'environ 2 milliards de dollars au premier trimestre 2026 (+14%), un volume quotidien moyen record de 36,2 millions de contrats par jour (+22%), des marges opérationnelles de 70%, selon The 7investing Podcast (29 juin), mais sa position dominante est attaquée sur deux fronts. CBOE, diffusant en direct depuis Chicago sur The Exchange (25 juin), se lance dans la même course aux contrats événementiels : le PDG Craig Donahue a détaillé des options binaires mini-SPX, des « plus contracts », ainsi qu'un dossier en cours de dépôt auprès de la SEC pour des contrats événementiels adossés à des indicateurs de performance (KPI) d'entreprises (par exemple les volumes de production de Tesla), compensés via CBOE Clear.

Marchés prédictifs et flux retail : boom des volumes, épreuve de crédibilité

Les contrats événementiels constituent le segment de la structure de marché qui croît le plus vite, et aussi le plus chaotique. FYI (24 juin) a évalué le volume hebdomadaire de Kalshi à 9 milliards de dollars (+117%) et celui de Polymarket à 13,1 milliards de dollars, bien que la part de marché de Polymarket recule vers environ 25%, et The Breakdown (29 juin) a signalé que l'intérêt ouvert de Polymarket est retombé à 310 millions de dollars contre un pic de 494 millions de dollars, alors même que Meta a annoncé une application de marché prédictif baptisée « Arena ». L'atteinte à la crédibilité est bien réelle : selon WSJ Tech News Briefing (23 juin) et Joseph Carlson (22 juin), Polymarket aurait payé des créateurs de contenu entre 2 000 et 3 000 dollars par mois pour publier des vidéos mettant en scène des trades gagnants fabriqués de toutes pièces, environ 70% des 1 105 vidéos analysées se sont révélées fausses, ce qui pourrait enfreindre l'accord conclu en 2022 avec la CFTC interdisant l'accès aux utilisateurs américains. C'est un point à surveiller comme catalyseur réglementaire potentiel.

Les options destinées aux particuliers surfent sur la même vague. Les débuts en options de SpaceX ont marqué le lancement le plus actif de l'histoire, avec environ 1,8 million de contrats, 1 million de calls dès la première heure, soit plus de cinq fois le record établi par Meta en 2012, selon The Options Insider (25 juin). Fidelity, sur Options Insider Radio (29 juin), a estimé le volume total d'options à 1,5 milliard de contrats, les options 0DTE sur valeurs individuelles ainsi que les échéances du lundi et du mercredi étant désormais bien établies.

Vue d'ensemble

Les banques affichent leur confiance par des gestes de capital : à l'issue des tests de résistance, les dividendes ont été relevés de +11,1% chez Goldman, +15% chez Morgan Stanley, +10% chez JPMorgan, +11,6% chez Citi et +11,1% chez Wells Fargo, selon Dividend Talk (27 juin). En contrepoint : le consensus, relayé sur Insights Now (25 juin), n'anticipe aucune hausse de taux de la Fed d'ici la fin de l'année 2026, tandis que Jeremy Grantham, sur Squawk Pod (26 juin), a qualifié le marché actuel de « marché le plus cher de l'histoire américaine », SpaceX incarnant selon lui cet excès.

En résumé : la machine à émissions tourne à plein régime, mais SpaceX constitue l'expérience grandeur nature qui teste ce que le marché est prêt à payer pour la rareté et pour une belle histoire. Si une valeur au flottant d'à peine environ 4%, déficitaire et valorisée mille milliards de dollars, ne parvient pas à tenir ses débuts, l'hésitation d'OpenAI ressemble moins à une question de timing qu'à un signe de discipline, et la seconde moitié du pipeline pourrait bien voir ses valorisations revues à la baisse.