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Le yen franchit les 162 : les hausses de taux ne font plus bouger les devises

Marché des changes G10 pour la semaine du 2 juillet 2026. L'USD/JPY a dépassé 162, atteignant un plus bas de 40 ans malgré une hausse de taux de la BoJ et une intervention record, la livre sterling s'est imposée comme la seule position longue nette privilégiée par les desks, et le trade de portage consensuel sur le dollar attire les lecteurs de marché les plus avisés du côté opposé.

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Semaine du 2 juillet 2026 : le yen franchit les 162, les hausses de taux ne font plus bouger les devises


Trois des quatre grandes banques centrales sont désormais en cycle de hausse de taux, et cela n'a rien changé. La BCE a relevé ses taux, l'euro a baissé. La BoJ a relevé ses taux, le yen a baissé, atteignant un plus bas de 40 ans. Seul le dollar se comporte comme le voudrait la théorie. Quand les hausses de taux ne font plus bouger les devises, on n'est plus dans un marché de différentiel de taux, on est dans un marché de l'exceptionnalisme américain. Voici ce que le marché a dit cette semaine.

En bref

  • L'USD/JPY a dépassé 162, atteignant un plus bas de 40 ans, malgré une hausse de taux de la BoJ à 1 % en juin et une intervention record de ¥11 730 milliards, le signe le plus net que l'ancienne stratégie ne fonctionne plus.
  • La livre sterling est la seule position longue nette claire du G10. JPMorgan et Saxo voient tous deux une cassure se construire face à l'euro et au franc suisse.
  • Le dollar est la position longue consensuelle, et c'est précisément là le risque. Le sell-side vise un EUR/USD à 1,10 et un portage financé via des devises non dollar ; les lecteurs de marché les plus avisés se positionnent discrètement à contre-courant.

Ce qui est nouveau

Le yen a perdu son propre argumentaire. Sur Eurodollar University (30 juin), Jeff Snider a exposé le fait marquant de la semaine : l'USD/JPY a atteint 161,96, franchissant la ligne de juillet 2024, alors même que la BoJ avait relevé son taux à 1 % (plus haut niveau depuis 1995) et que Tokyo avait engagé un montant record de ¥11 730 milliards (environ 72,5 Md$) pour le défendre. « Ça n'a pas fonctionné. Le JPY continue de baisser malgré tout. » Sa lecture : il s'agit d'une pénurie de dollars, et non d'un écart de taux, le yen et la pentification haussière de la courbe obligataire chinoise étant « les deux faces d'une même pièce eurodollar ».

Le paradoxe que personne ne peut plus ignorer : les hausses de taux ont affaibli les devises. Sur The KE Report (29 juin), Marc Chandler a résumé la situation avec précision : le dollar est au-dessus de 101 et à de nouveaux plus hauts annuels face à six ou sept devises du G10. « La BCE a relevé ses taux… et l'euro a baissé. La Banque du Japon a relevé ses taux… et le yen est en fait un peu plus faible. » Sa ligne rouge pour les haussiers du dollar : il n'y aura pas de sommet tant que le DXY ne redescendra pas sous le plus haut de fin mars, autour de 105,65.

« Le marché ne se soucie pas de l'audace. Il se soucie des bilans. » Jeff Snider, à propos des menaces d'intervention de Tokyo

Lagarde est « revenue aux fondamentaux ». Depuis Sintra, sur Squawk Box Europe Express (30 juin), la présidente de la BCE a défendu la hausse de taux de juin tout en adoptant un ton plus posé : « Nous n'avons plus besoin d'agir avec la même force. Nous pouvons procéder à des ajustements mesurés. » Schnabel et Lane restent les figures les plus « faucons » ; le marché considère désormais juillet comme une pause, avec septembre comme réunion réellement décisive, dans l'attente des chiffres d'inflation français et allemand après une lecture espagnole élevée.

La livre sterling est la devise que les desks apprécient vraiment. Sur At Any Rate de JPMorgan (26 juin), James Nelligan se montre constructif sur la GBP face aux devises à faible rendement, l'EUR/GBP ayant cassé sous le niveau clé de 86,20, avec une valeur d'équilibre plus proche de 84 si la situation politique britannique reste calme. Le Market Call de Saxo (30 juin) a qualifié la configuration de « techniquement convaincante… au bord d'une cassure haussière de la livre sterling face à l'euro et même au franc suisse ». La réserve porte sur le plan budgétaire : une poussée en faveur de la dévolution portée par Andy Burnham et les spéculations autour du chancelier de l'Échiquier constituent un risque pour la saison budgétaire, pas un risque immédiat.

JPMorgan a abaissé ses prévisions sur l'ensemble du complexe. Sur Making Sense (29 juin), Meera Chandan a réduit son objectif EUR/USD à 1,10 et anticipe un USD/JPY progressant vers la zone médiane des 160 (environ 164), proche du seuil d'intervention. Fabio Bossi s'attend à ce que la BoE relève ses taux la première en juillet, la BCE de nouveau en septembre, la BoJ en octobre, et à ce que la Fed reste immobile jusqu'en 2027. Le fil conducteur : le portage continue de payer, mais il faut l'exprimer via des devises de financement non dollar.

Le débat

Camp des haussiers du dollar / le portage continue de payer. JPMorgan et Chandler défendent ce camp : révisions à la hausse de la croissance américaine, une Fed « faucon » sous la direction de Warsh, EUR à 1,10, USD/JPY dans la zone médiane des 160, et des devises à haut rendement qui surperforment les devises à faible rendement tant que la Fed relève ses taux parce que la croissance est solide. L'expression la plus propre de cette thèse n'est pas dollar contre devise à haut rendement, mais le cross : portage financé en euros, en francs et en yens.

Les contrariens. Sur The Macro Trading Floor (26 juin), Brent Donnelly et Alf Peccatiello estiment que le dollar est suracheté, la courbe intégrant environ 90 points de base de hausses en septembre qu'ils doutent de voir la Fed livrer. Donnelly est en mode « campement en brousse », attendant le moment de vendre le dollar et d'acheter de l'or, déjà long sur les 2 ans. Leur liste de catalyseurs : des chiffres de l'emploi décevants, un FOMC de juillet accommodant, ou un retournement de fin de mois. « Le trade de dévalorisation va descendre au sous-sol », pour l'instant.

Le scénario catastrophe. Snider et, sur The Gold Exchange (29 juin), George Gammon soutiennent que le dollar fort est le symptôme d'une contraction du crédit mondial. Gammon avance qu'un DXY « réel » se situerait entre 105 et 110 une fois retiré l'ancrage d'environ 160 de la BoJ, les importateurs d'énergie asiatiques (JPY, INR, KRW, PHP) étant pris dans une spirale de dépréciation. Le risque extrême que les deux pointent du doigt : un débouclage des trades de portage. Comme l'a formulé DHUnplugged dans son épisode 808 (1er juillet), ce trade « finira soudainement, un jour, par exploser au visage de tout le monde ».

Trades en cours

L'expression privilégiée par les desks est le portage financé en devises à faible rendement, positions longues en dollar australien, en couronne norvégienne et sur certains marchés émergents sélectionnés, financées en euros, en francs suisses et en yens. Les valeurs préférées de Peccatiello sont l'Afrique du Sud, la Hongrie et la Colombie (le Brésil étant lié à la cote de popularité de Lula), notant que le positionnement dollar/émergents s'est déjà « purgé ». Sur les grandes devises, vendre l'EUR/GBP et être long livre sterling face aux devises à faible rendement est un trade encombré, mais pour de bonnes raisons. Et la configuration à contre-courant : le montage patient de Donnelly, dollar court / or long / 2 ans long, en vue du FOMC de juillet.

Effets induits

  • L'EUR/CHF évolue autour de 95 sur la base du ratio cuivre-or, à mesure que la demande pour le trade de dévalorisation s'estompe (Nelligan), et la livre sterling est également en train de casser à la hausse face au franc.
  • JGB (obligations japonaises) : une adjudication à 2 ans solide et une courbe plus pentue ont retiré une partie de la prime liée au resserrement de la BoJ, alors même que le yen chutait.
  • L'or est dans un « gel plus profond » alors qu'une Fed « faucon » pèse sur lui ; à surveiller comme le miroir d'un éventuel retournement du dollar.
  • Le risque extrême du portage : un FOMC de juillet accommodant, qui ferait basculer les attentes de septembre de 90 à 50 points de base, est le déclencheur le plus proche à la fois du trade de vente du dollar et du trade de rebond du yen.

Ce qui a changé

Il y a deux semaines, la conversation portait encore sur un dollar en perte de vitesse. Cette semaine, la réévaluation des attentes du FOMC a totalement renversé la donne : le dollar a atteint de nouveaux plus hauts, les hausses de taux à l'étranger ont cessé d'aider leurs propres devises, et la « dévalorisation » s'est transformée en « revalorisation ». La seule chose qui n'a pas changé, à savoir que le portage continue de payer, est désormais l'opinion la plus consensuelle de la salle, ce qui explique précisément pourquoi les lecteurs de marché les plus avisés se tiennent tapis de l'autre côté.