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Le yen tombe à un plus bas de 40 ans, Tokyo cesse d'annoncer ses interventions

Marché des devises G10 pour la semaine du 6 juillet 2026. Le dollar/yen est tombé à un plus bas de 40 ans proche de 162, et Tokyo a annoncé qu'il cesserait de signaler ses interventions à l'avance, plaçant le carry trade sur le yen sur le fil du rasoir dans un marché estival peu liquide, tandis que Lagarde défendait une hausse de taux de la BCE en juin, que Bailey excluait toute baisse de taux au Royaume-Uni, et qu'un rapport sur l'emploi américain décevant écartait l'hypothèse d'une hausse de la Fed en juillet.

Devises G10

Semaine du 6 juillet 2026 : le yen tombe à un plus bas de 40 ans, Tokyo cesse d'annoncer ses interventions


La devise de financement la moins chère du dollar vient de tomber à un plus bas de 40 ans, et les desks qui doivent couvrir le mois d'août surveillent un marché estival peu liquide.

Une semaine calme avant la publication de l'emploi américain n'a offert qu'une seule véritable histoire, et ce n'était pas la BCE. L'USD/JPY a franchi le seuil de 162, un plus bas de quarante ans, Tokyo est resté étrangement silencieux au micro, et toutes les voix macro détenant une position ont commencé à esquisser le même scénario catastrophe : une intervention surprise pendant un week-end illiquide du 4 juillet, avec un remake du dénouement du carry trade d'août 2024. Puis, vendredi, un rapport sur l'emploi américain décevant a écarté l'hypothèse d'une hausse de la Fed en juillet et fait reculer le dollar d'environ 1 %. Voici ce qui a réellement fait bouger les cours.

En bref

  • L'USD/JPY à un plus bas de 40 ans (~162). Le ministère des Finances japonais annonce qu'il cessera de signaler ses interventions à l'avance ; le marché est sur le qui-vive dans une séance estivale peu liquide.
  • Le régime, ce sont des hausses, pas des baisses. Lagarde a défendu la hausse de taux de la BCE en juin ; Bailey a écarté toute baisse de taux au Royaume-Uni. Les créations d'emplois américaines décevantes ont éliminé l'hypothèse de juillet mais laissent celle de septembre ouverte.
  • Le carry trade reste rémunérateur, pour l'instant. Le consensus des desks est de rester long sur le carry jusqu'en juillet, puis de se montrer prudent en août. Le franc suisse, et pas seulement le yen, s'impose comme devise de financement privilégiée.

Ce qui est nouveau

Le Japon a perdu le contrôle de sa propre devise, peut-être délibérément. L'USD/JPY a atteint 162,67, un nouveau plus bas de quarante ans, et la ministre des Finances Katayama s'est contentée de dire que le gouvernement « se tient prêt à prendre les mesures appropriées chaque fois que nécessaire », et, selon l'analyse de NAB, n'a évoqué une « action décisive » que lorsqu'un journaliste l'y a incitée, d'après NAB Morning Call, « Not so Zen about the Yen » (30 juin). Deux jours plus tard, NAB a relevé le vrai signal : des responsables du ministère des Finances ont indiqué qu'ils ne signaleraient plus leurs interventions à l'avance, la fenêtre peu liquide du 4 juillet constituant le moment idéal pour une embuscade. Il s'agit là d'un signal des autorités elles-mêmes, pas d'un commentaire d'analyste, ce qui explique la nervosité du marché.

Le desk changes de J.P. Morgan est « bien sûr en alerte sur une possible intervention », mais doute de son efficacité. Sur At Any Rate, « Global FX: Payrolls prognosis, yen, GBP and HUF » (3 juillet), le co-responsable Arindam Sanyal a expliqué que le ministère des Finances est devenu silencieux parce que la vague d'intervention d'avril-mai « n'a eu qu'un effet limité à court terme », et parce qu'il se montre prudent quant au montant de munitions déjà dépensées. Sa conclusion, celle qui compte pour le positionnement : « chaque nouvelle dose d'intervention a un effet de plus en plus faible », et l'histoire de fond, celle d'une Banque du Japon en retard sur la courbe, n'a pas changé. Une nuance plutôt accommodante : John Hardy, de Saxo, a noté qu'une adjudication solide de JGB à 2 ans a en réalité retiré certaines anticipations de resserrement, alors même que la partie longue de la courbe se vendait, d'après Saxo Market Call, « Leverage upon leverage, what could go wrong? » (30 juin).

Lagarde a dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas : la BCE relève ses taux et « revient aux fondamentaux ». En ouvrant le forum de Sintra, elle a défendu la hausse de taux de juin : « Nous n'avons plus besoin de recourir à des instruments non conventionnels... nous pouvons désormais nous concentrer sur la stabilisation de l'inflation en utilisant les taux directeurs comme outil principal. La politique monétaire est revenue aux fondamentaux », d'après Squawk Box Europe Express, « ECB's Lagarde backs June rate decision » (30 juin). Schnabel et Lane se rangent du côté des faucons (Lane estime que les prix resteront au-dessus de l'objectif « pour un avenir prévisible »). Une hausse en juillet semble écartée ; septembre reste une réunion à surveiller, une inflation espagnole plus élevée que prévu continuant d'alimenter le camp des faucons.

Bailey maintient le statu quo, et tient à faire savoir que les baisses de taux sont déjà hors jeu. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre a situé l'inflation britannique à 2,8 %, avec une trajectoire vers environ 3,2 % sous l'effet différé du plafonnement des prix de l'énergie, et a justifié le statu quo par la faiblesse de l'économie et du marché du travail, d'après Squawk on the Street, « Bank of England Chief » (30 juin). La phrase à retenir : « les marchés s'attendaient à ce que nous baissions les taux cette année... dès le mois de mars, nous avons dû écarter cette option... on peut d'une certaine manière considérer cela comme un resserrement. » Deux voix dissidentes et un économiste en chef résolument faucon indiquent que le risque penche vers une hausse, pas vers une baisse.

La livre sterling est discrètement devenue une position longue consensuelle. James Nelligan, de JPM, qui défend une position acheteuse à contre-courant sur le câble et sur l'EUR/GBP, a expliqué que l'engagement pris lundi par le chancelier de l'Échiquier Burnham en faveur de la discipline budgétaire a désamorcé la crainte redoutée d'un relâchement budgétaire ; l'EUR/GBP est passé sous 0,8620, et l'historique montre qu'un calme post-budgétaire ramène généralement le cours environ 2 pence en dessous de sa juste valeur, soit un niveau proche de 0,84 (At Any Rate, 3 juillet). Hardy est arrivé indépendamment à une conclusion similaire, qualifiant la livre de « techniquement séduisante... au bord d'une possible cassure haussière face à l'euro et même au franc suisse » (Saxo, 30 juin).

Le débat

Le scénario haussier (le dollar s'affaiblit, le carry trade paie) : Les chiffres de l'emploi de vendredi (111 000 créations en données brutes, moyenne sur trois mois retombée à environ 111 000) ont écarté l'hypothèse d'une hausse en juillet et fait reculer le dollar d'environ 1 % ; les devises à haut rendement des marchés émergents ont réagi exactement comme prévu. JPM continue de décrire un scénario « Boucle d'or » : « la Fed n'est pas dans l'urgence d'agir, alors pourquoi ne pas engranger du carry entre-temps ? » La livre poursuit sa progression, l'euro est soutenu par une BCE faucon, et BofA souligne que les gestionnaires d'actifs européens veulent encore réduire leur surpondération américaine, une véritable histoire de diversification hors dollar, même si son horizon s'étend jusqu'en 2027 (Global Research Unlocked, « Mid-year review », 29 juin).

Le scénario baissier (la devise de financement se retourne brutalement) : Avec un yen à 162 et des rendements des JGB en hausse, la devise devrait se renforcer, ce qui n'est pas le cas, une anomalie qui, selon Caveat Emptor, « The Golden Death Cross » (1er juillet), a tendance à se résoudre de manière brutale. Leur pari : une action coordonnée des États-Unis et de la BoJ pendant un week-end peu liquide, une réédition du « 5 août 2024... surtout à l'approche de ce week-end férié où l'on pourrait retrouver exactement les mêmes conditions. » L'observation complémentaire de Hardy aggrave le tableau : les prêts sur marge aux États-Unis atteignent un record supérieur à 1 400 milliards de dollars, un « effet de levier sur effet de levier » via des options sur des ETF déjà à effet de levier. Une envolée du yen dans ce contexte est précisément ce qui transforme un dénouement ordonné en débâcle désordonnée.

Trades en cours

  • EUR/GBP en baisse vers 0,84, livre longue face aux devises à faible rendement (JPM) ; Saxo exprime la même cassure face à l'euro et au franc suisse.
  • Rester sélectivement long sur le carry jusqu'en juillet, puis se montrer prudent en août : à mesure que les positions se construisent, la volatilité monte et le carry trade s'essouffle historiquement (BofA). Sur une base ajustée de la volatilité, le franc suisse apparaît comme la devise de financement la plus attractive, pas seulement le yen.
  • La volatilité du câble comme couverture peu coûteuse à l'approche des élections de mi-mandat américaines, qui couvre aussi le prochain budget britannique (BofA). Le forint hongrois reste une devise à haut rendement privilégiée, portée par une histoire structurelle de convergence avec l'euro.

Répercussions

Le yen est l'indicateur avancé de tout ce qui est exposé à l'effet de levier sur le risque : un retour brutal vers le milieu des 150 toucherait d'abord les exportateurs du Nikkei ainsi que les paniers émergents et AUD financés en yens. Le dollar australien lui-même teste déjà sa moyenne mobile à 200 jours (~0,6875), proche de ses plus bas annuels. Les écarts entre Bund, gilt et Treasury évoluent désormais tous dans un régime de hausse de taux, ce qui rend les rendements domestiques des devises de financement plus attractifs et complique le calcul classique du carry trade.

Ce qui a changé

Le modèle mental du marché est passé de « quand vont-ils baisser les taux » à « qui va relever ses taux en premier, et qui va intervenir ». Le fil conducteur le plus clair est la cassure de l'EUR/GBP sous 0,8620. L'inconnue reste de savoir si Tokyo tentera une embuscade pendant le week-end férié, et si ce sera l'élément déclencheur. Une lacune mérite d'être soulignée : aucun commentaire dédié de la BNS ou des exportateurs suisses n'est apparu cette semaine, si bien que le franc n'apparaît que comme devise de financement, et non comme sujet politique à part entière. Nous le signalons, sans l'inventer.