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Les labos d'IA arrêtent de vendre des pelles et se mettent à creuser eux-mêmes
Découverte de médicaments par l'IA pour la semaine du 2 au 9 juillet 2026. Anthropic a retourné Claude Science vers l'interne pour faire tourner ses propres programmes de découverte de médicaments, faisant passer les concepteurs de modèles du statut de vendeurs de pelles à celui de détenteurs de candidats-médicaments, tandis que la DARPA et CZI ont redéfini le véritable goulot d'étranglement comme étant le volume et la diversité des données plutôt que le QI du modèle.
Découverte de médicaments par l'IA
Semaine du 9 juillet 2026 : Les labos d'IA arrêtent de vendre des pelles et se mettent à creuser eux-mêmes
Pendant un an, les labos d'IA de pointe ont vendu des pioches à la pharma et laissé les mineurs garder l'or. Cette semaine, l'un d'eux a pris sa propre pelle. Anthropic fait désormais tourner des programmes internes de découverte de médicaments sur Claude Science, ce qui transforme discrètement un fournisseur en rival, et redéfinit tout le débat sur l'endroit où la valeur en biologie de l'IA se concentre réellement : dans les données propriétaires de laboratoire humide, ou dans la puissance de calcul permettant de fabriquer des données qu'aucun laboratoire n'a encore produites.
L'essentiel
- L'histoire marquante de la semaine est un changement de rôle, pas un lancement de produit : Anthropic utilise désormais Claude Science pour faire tourner ses propres programmes de découverte de médicaments pour des maladies rares et négligées, passant du statut de marchand d'armes à celui de prospecteur, et devenant un concurrent potentiel des clients pharmaceutiques auxquels elle vend (Everyday AI Podcast, 6 juillet ; Limitless, 3 juillet).
- Le club « labo d'IA devenu laboratoire pharmaceutique » réunit désormais Anthropic, Isomorphic Labs de Google DeepMind, et des acteurs IA-natifs comme Insilico, les fournisseurs de modèles descendant la chaîne de valeur vers la détention de candidats-médicaments (Everyday AI Podcast, 6 juillet).
- La thèse de la cellule virtuelle est devenue mainstream : Mark Zuckerberg et Priscilla Chan ont exposé le pari décennal de CZI selon lequel guérir des maladies dépend « autant de meilleurs outils que de meilleurs traitements », d'abord les jeux de données et les modèles, ensuite les thérapies (The a16z Show, 9 juillet).
- La DARPA a redéfini sans détour le goulot d'étranglement central : la biologie souffre à la fois d'un problème de volume et de diversité des données, et la simulation combinée aux données synthétiques est la voie de sortie (Free Radicals, 7 juillet).
- Semaine calme pour les valeurs cotées : aucune couverture podcast substantielle sur la découverte de médicaments par l'IA pour RXRX, SDGR, ABCL, CERT, ABSI, RLAY, DNA, TEM, Isomorphic, Xaira, Iambic, ou la division Clara/BioNeMo de Nvidia. La vigueur du titre LLY tient à l'obésité et à la rotation sectorielle, pas à l'IA.
Ce qui est nouveau
Le fil conducteur de la semaine est l'intégration verticale par les concepteurs de modèles. Sur Limitless (3 juillet), les animateurs ont présenté Claude Science comme « la manière dont Claude Code est censé soutenir l'ingénierie : Claude Science est censé soutenir la science », livrant le détail clé : « Anthropic l'utilise en fait… pour mener ses propres programmes de découverte de médicaments pour certaines maladies rares et négligées. » Ils ont cité des premières preuves de gains de productivité, notant que l'Allen Institute « termine désormais des revues de littérature de plus de 100 pages qui auraient auparavant pris jusqu'à deux ans », certaines analyses se faisant « en un dixième du temps », et un utilisateur associant Claude Science à un outil MCP de Ligand AI pour identifier le site actif d'une molécule « de novo ».
Everyday AI (6 juillet) a formulé le point stratégique en termes simples : « Anthropic va maintenant fabriquer des médicaments », décrivant Claude Science comme « l'une des tentatives les plus directes d'une grande entreprise d'IA pour s'engager dans le développement de médicaments plutôt que de simplement vendre de l'IA à d'autres fabricants de médicaments. » Les animateurs ont souligné la tension évidente : Anthropic sera « à la fois fournisseur de logiciels et concurrent potentiel de ses clients pharmaceutiques », et l'ont placé aux côtés d'Isomorphic Labs de Google DeepMind et d'Insilico dans « une course qui s'intensifie ». Anthropic n'a pas précisé ce qu'elle ferait de tout candidat prometteur qu'elle découvrirait.
La vision d'ensemble est venue via The a16z Show (9 juillet), qui rediffusait Zuckerberg et Chan au sujet de CZI. Leur cadrage : « la plupart des grandes percées sont fondamentalement précédées par l'invention d'un nouvel outil », c'est pourquoi CZI finance l'infrastructure « à plus long terme, souvent plus coûteuse » (imagerie, Cell Atlas, modèles de cellules virtuelles) que les subventions individuelles du NIH ne couvrent pas, « de l'ordre de 100 millions à 1 milliard de dollars sur une période de 10 à 15 ans ». L'indice donné par Zuckerberg quant à la raison pour laquelle les fabricants d'outils cotés peinent à sortir de leur niche : même « AlphaFold, qui est extraordinaire… a été construit à partir d'un jeu de données public produit des décennies plus tôt. » L'avantage, selon lui, consiste à associer « la biologie de pointe à l'IA de pointe » pour générer des jeux de données conçus sur mesure, et non simplement à faire tourner de meilleurs modèles sur d'anciennes données.
Le débat
La semaine dernière, nous avions présenté la contrainte comme relevant des données et de l'allocation de GPU, pas du QI du modèle. Cette semaine, cette thèse a reçu sa formulation la plus autorisée, venue de la DARPA. Sur Free Radicals (7 juillet), le Dr Mike Koeris a soutenu que les données de la biologie sont « infimes… par rapport à la complexité de l'espace qui est incarné en nous », et, point crucial, qu'il s'agit aussi du mauvais type de données : « Nous obtenons beaucoup de données de séquençage d'acides nucléiques… mais nous avions en réalité très peu de données métabolomiques. Nous obtenons très peu de données protéomiques. » Sa solution reflète le précédent AlphaFold évoqué dans la conversation a16z : « L'une des raisons pour lesquelles AlphaFold a si bien réussi, c'est qu'ils n'ont pas eu à se soucier des données… il a fallu 30, 40 ans pour générer toutes ces magnifiques structures dans la banque de données de protéines. » Le pari de la DARPA (les programmes NODES et PROSE) consiste à « payer pour du calcul pendant un an ou deux afin de générer beaucoup de données » de manière synthétique, puis à entraîner les modèles dessus.
La question charnière se précise donc : la barrière à l'entrée profite-t-elle à celui qui possède des données propriétaires et diversifiées de laboratoire humide (les Biohubs de CZI, les groupes pharmaceutiques intégrés), ou à celui qui peut fabriquer le moins cher possible des données synthétiques de haute qualité par simulation (les labos d'IA riches en calcul) ? Le fait qu'Anthropic retourne Claude Science vers l'interne est un vote pour le second camp : un excellent harnais logiciel combiné à la puissance de calcul peut se substituer à des décennies de données expérimentales accumulées.
Valeurs à suivre
- Recursion (RXRX) : 3,76 $, en hausse de 1,1 % sur la journée mais évoluant près du bas de sa fourchette sur 52 semaines (2,77–7,18 $ ; capitalisation boursière ~1,7 Md$). Aucun catalyseur podcast ou actualité lié à la découverte par l'IA cette semaine, une phase d'attente calme avant la prochaine mise à jour du pipeline (FactSet, 9 juillet).
- Schrodinger (SDGR) : 16,79 $, en hausse de 4,35 % sur la journée sur un faible volume (fourchette 52 semaines 10,95–23,75 $ ; capitalisation boursière ~1,3 Md$). Aucun nouveau narratif, le mouvement paraît technique et porté par la rotation sectorielle plutôt que par un événement (FactSet, 9 juillet).
- Eli Lilly (LLY) : 1 216,95 $, juste sous son plus haut sur 52 semaines de 1 249,45 $ (capitalisation boursière ~1 150 Md$). Une vague de relèvements d'objectifs de cours avant le T2 : RBC à 1 500 $ (contre 1 250 $), JPMorgan à 1 400 $, Truist à 1 370 $, Cantor à 1 350 $, Morgan Stanley à 1 347 $, tous constructifs, tous fondés sur la dynamique de l'obésité Zepbound/Mounjaro (thefly, 6–9 juillet). Vérification d'honnêteté : c'est une histoire de GLP-1 et de rotation de taux, pas une histoire de découverte par l'IA. Cantor a elle-même averti que le groupe est traité comme « bénéficiaire de la rotation depuis les valeurs IA plutôt que purement porté par les fondamentaux ».
Répercussions sectorielles
- Les fournisseurs d'outils font face à une pression croissante. Si les labos de pointe passent de la vente de modèles à la détention de candidats-médicaments, les fournisseurs purement computationnels (SDGR, et en privé Iambic et Xaira) entrent de plus en plus en concurrence avec les budgets de calcul de leurs propres fournisseurs. À surveiller : si leur discours commercial se déplace vers les données propriétaires de laboratoire humide, difficiles à simuler, comme actif défendable : exactement l'avantage que Zuckerberg dit que CZI est en train de construire (The a16z Show, 9 juillet).
- Les données synthétiques deviennent la nouvelle ressource disputée. Le financement par la DARPA de données d'entraînement générées par simulation (Free Radicals, 7 juillet) valide la voie intensive en calcul, un vent favorable directionnel pour l'exposition GPU et simulation (la pile bio de Nvidia, le moteur basé sur la physique de Schrodinger) si cela fonctionne, et une menace pour les biotechs à actif unique et pauvres en données si cela ne fonctionne pas.
- « Biotech IA » et « biopharma de l'obésité » se négocient comme un seul panier, mais ce sont deux thèses différentes. L'envolée de LLY reflète des flux de capitaux vers la pharma à grande capitalisation, pas la preuve que l'IA raccourcit ses délais cliniques. Ne laissez pas le marché confondre les deux.
Ce qui a changé par rapport à la semaine dernière
- La semaine dernière : Anthropic lançait Claude Science et nous avions signalé « surveiller les signatures de partenaires pharmaceutiques ». Cette semaine, la mise à jour est plus tranchante et plus disruptive qu'un partenariat : Anthropic fait tourner ses propres programmes internes de médicaments (maladies rares et négligées), se positionnant comme concurrent de la pharma plutôt que comme fournisseur.
- Le débat données contre QI que nous avions ouvert la semaine dernière a désormais une voix nommée et autorisée (Koeris de la DARPA) et un mécanisme concret (simulation plus données synthétiques via les programmes NODES et PROSE).
- Nouveau cette semaine : la thèse de la cellule virtuelle de CZI, « les outils avant les traitements », est entrée dans le flux mainstream via une rediffusion a16z largement écoutée.
- Inchangé et à noter : toujours aucune couverture podcast spécifique à l'IA pour RXRX, SDGR, ABCL, CERT, ABSI, RLAY, DNA, TEM, Isomorphic, Xaira, Iambic, ou Nvidia-bio, une semaine réellement calme pour les valeurs cotées, selon des recherches dédiées.